Enraciner la participation citoyenne

« Grâce à ma participation, j’ai développé de nouvelles conceptions de l’engagement, acquis de nouvelles connaissances et trouvé un nouvel élan pour mon travail. Cependant, cette expérience a surtout renforcé ma conviction qu’individuellement et collectivement, nous pouvons mettre en œuvre les paroles de Gandhi et incarner le changement que nous souhaitons. »

Enraciner la participation citoyenne

par Christine Laliberté

Le 14 juin 2013, près de cinquante acteurs de changement et d’innovation sociale se sont réunis à Montréal pour explorer de nouvelles façons de susciter l’engagement citoyen et d’augmenter son pouvoir d’action. Les participantes et les participants provenaient de plusieurs régions du Québec et de divers secteurs d’intervention, dont l’éducation, la recherche, le militantisme, l’environnement, la mobilisation jeunesse, la gestion de données et le travail communautaire. J’ai eu la chance de participer à cet effort collectif pour approfondir divers aspects de l’engagement citoyen, une initiative menée par l’Institut Carold en collaboration avec Ashoka Canada, CUSO et Framework. Baptisé Enraciner pour mieux propager (Scale Deep), le projet vise à mobiliser l’intelligence et la sagesse collective par la réflexion, en vue d’augmenter la capacité d’influence des leaders sociaux sur les changements d’ordre systémique.

Afin de lancer la journée et de stimuler notre créativité, Seanna Davidson de l’Institut de Waterloo pour l’innovation sociale et la résilience a d’abord présenté deux concepts clés de la théorie du changement. Selon elle, les leaders de changement tentent généralement de résoudre un problème en élargissant le champ de leurs actions (scaling out), ce qui consiste à reproduire la même stratégie auprès de différents publics. Dans un deuxième temps, on peut provoquer le changement en augmentant la portée des actions (scaling up), ce qui implique de s’attaquer au système qui cause le problème. D’après Seanna, ces deux étapes doivent nécessairement se succéder, car en élargissant le champ d’action, nous arrivons à tester nos théories du changement et à approfondir notre compréhension du système en vue de le changer.
Pour mettre ces idées en pratique, nous avons ensuite examiné en profondeur quelques questions fondamentales choisies par le groupe :

– Comment promouvoir le dialogue entre les acteurs clés?
– Comment éviter le trop-plein d’information quand nous tentons de susciter la participation citoyenne?
– Que veut dire « être politique »?
– Quels sont les modèles émergents de l’engagement citoyen?
– Quelles stratégies collaboratives peuvent soutenir l’engagement citoyen?
– Comment mieux gérer le risque et l’incertitude?

En fin de journée, il semblait que nous avions soulevé plus de questions que de réponses. Pourtant, le processus était bel et bien lancé pour élargir le champ de nos actions en matière d’engagement citoyen et en augmenter la portée. Bien que les résultats complets de nos discussions soient présentés sur le site Enraciner pour mieux propager (Scale Deep), je tenais à partager ici quelques leçons personnelles :

  • L’engagement citoyen peut et doit être vu comme une fin en soi. En tant que praticiens, notre rôle consiste à outiller les gens, surtout les plus marginalisés, pour leur permettre de passer à l’action et de s’exprimer sur les enjeux qui comptent à leurs yeux.
  • L’accès aux données est une partie essentielle de l’engagement, car les données produisent l’étincelle nécessaire pour stimuler la participation citoyenne, tout en fournissant un cadre à l’intérieur duquel elle peut progresser. En tant que praticiens, nous devons favoriser l’accès des citoyens et des citoyennes aux données brutes, et leur donner les outils nécessaires pour organiser cette information en un récit cohérent.
  • L’engagement civique est semblable à un écosystème : il comporte plusieurs facettes et points d’entrée, il se produit tout au long de notre existence et il fluctue selon les périodes de la vie. Notre rôle, comme professionnels, est d’anticiper et d’accompagner l’évolution de ce système.
  • Si nous voulons réellement enraciner l’engagement et en augmenter la portée, nous devons inclure ceux qui ne partagent pas nécessairement notre point de vue. Il nous faut bouleverser les paradigmes existants et déterminer s’ils suscitent réellement la pleine participation citoyenne, dans toute sa diversité.

Au-delà de ce que j’ai appris, j’ai été frappée par l’étendue et la profondeur des connaissances du groupe, ainsi que par sa volonté d’enrichir la participation et l’engagement citoyens. Les personnes présentes provenaient de secteurs variés, dont le développement international, les nouvelles technologies, la défense des droits autochtones et la promotion du pouvoir des filles. Malgré tout, nous partageons tous un idéal commun : engager les citoyens et les citoyennes, et surtout les plus marginalisés, dans la création d’un monde meilleur. Grâce à ma participation, j’ai développé de nouvelles conceptions de l’engagement, acquis de nouvelles connaissances et trouvé un nouvel élan pour mon travail. Cependant, cette expérience a surtout renforcé ma conviction qu’individuellement et collectivement, nous pouvons mettre en œuvre les paroles de Gandhi et incarner le changement que nous souhaitons. Pour cela, je suis reconnaissante.

L’initiative Enraciner pour mieux propager est menée par l’Institut Carold, en collaboration avec Ashoka Canada, CUSO et Framework, avec l’appui des organismes suivants : l’Association québécoise pour l’apprentissage continu, Community Knowledge Exchange, Équiterre, Fondaction CSN, Fondations communautaires du Canada, l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes, l’Institut du nouveau monde et Génération de l’innovation sociale. Pour en savoir davantage et vous impliquez, visitez Enraciner pour mieux propager. Pour partager vos impressions sur l’événement, utilisez la section des commentaires ci-dessous.