PovNet va à l’école : songerie sur les liens entre collectivité et monde universitaire

Il y a plusieurs mois, j’ai été approchée par Michael Cooke – le président de la Fondation Carold qui m’a décerné une bourse communautaire en 2008. Il m’a dit que Carold avait amorcé de nouveaux partenariats avec le Collège universitaire St Paul de l’Université de Waterloo et que son recteur, Graham Brown, m’avait invitée à titre de première boursière en résidence pendant une semaine. J’allais rencontrer des étudiants et des professeurs, livrer une allocution publique, parler aux étudiants dans des cours, écrire et réfléchir.

J’ai tout de suite accepté! Ça me donnerait un répit des idées noires sur les budgets, rapports et réductions du financement. De toute façon, j’allais en Ontario pour assister à un colloque national sur l’accès à la justice. Et je suis curieuse de voir comment le monde universitaire et les organismes communautaires peuvent tisser ensemble des liens mutuellement profitables et respectueux.

Je suis arrivée à Waterloo sous la neige, le lundi 3 février. Le lendemain matin, ma première activité a été une entrevue sur PovNet dans le cadre d’un cours de maîtrise en travail social offert en ligne dans tout le Canada, Mobilisation du savoir et pratique factuelle. On m’a demandé si PovNet était un mobilisateur du savoir. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’on entend par mobilisation du savoir. Mais mes deux intervieweurs étaient intéressants et intéressés, et ils ont vite adapté leurs questions à mon esprit très peu universitaire. Ils m’ont plu, je leur ai plu – nous avons eu du plaisir!

Les jours suivants, j’ai rencontré des étudiants et des professeurs en développement international qui s’apprêtaient à aller sur le terrain. Ils voulaient en savoir plus sur notre travail avec des collectivités marginalisées – sur notre façon de mettre la technologie au service du changement social.

On m’a invitée au centre d’éducation autochtone (Aboriginal Education Centre) à partager une soupe (en fait, un délicieux chili) et de la banique (cuite et frite), pour parler un peu de notre travail à PovNet. Un lieu chaleureux et accueillant – j’avais du temps libre le lendemain et j’y suis retournée pour bavarder avec la coordonnatrice, Luane Lentz. J’avais apporté en cadeau pour le centre plusieurs exemplaires d’un poème sur les pensionnats intitulé Remember, écrit par Jacqueline Oker, une auteure autochtone publiée chez Lazara Press (elle m’avait autorisée à diffuser son poème).

J’ai livré une causerie devant un auditoire clairsemé (il faisait tempête ce soir-là) sur la façon dont l’activisme numérique peut éradiquer la pauvreté (How Digital Activism Can Help Make Poverty History).

J’avais invité quelques activistes anti-pauvreté de Kitchener et ils ont bravé les éléments pour assister à la soirée. Je les ai reconnus tout de suite sans les avoir jamais vus – c’était rassurant d’avoir des alliés de mon monde au fond de la salle.

Je suis retournée à Kitchener le vendredi matin. Trudy Beaulne, directrice générale du conseil de planification sociale de Kitchener-Waterloo avait organisé un lunch au resto grec local, où étaient invités Greg de Groot-Maggetti, coordonnateur du programme People in Poverty du comité central mennonite de l’Ontario, le révérend Michael Hackbusch de la House of Friendship et Charles Nichols, un activiste anti-pauvreté pour les droits des sans-abri, des assistés sociaux et des personnes handicapées – et un partisan de l’autonomie sociale.

Les groupes de lutte à la pauvreté et les institutions universitaires ont par tradition des rapports plutôt tendus. Il nous arrive de travailler à tisser ensemble des rapports respectueux entre égaux. Nous nous aventurons avec prudence dans le pays très différent de l’autre, y explorant parfois les langues et les coutumes de l’autre. Pour voir s’il est possible d’établir une connexion – et comment.

Mais les activistes communautaires veulent écrire leurs propres récits — nous ne voulons pas que des gens de l’extérieur parlent en notre nom, avec des mots qui ne sont pas les nôtres.

Et nous écrivons nos propres récits.

Nous racontons nous-mêmes nos histoires. Nous produisons des analyses sur la pornographie systémique de la pauvreté. Nous sommes des poètes.

Nous écrivons même des polars qui se passent chez nous.

Mais notre recherche est qualifiée de littérature parallèle et les experts ne lui accordent pas tout à fait la même légitimité.

Le monde universitaire nous aide à archiver nos récits. Mais la subvention s’épuise et nos archives restent incomplètes.

À mon dernier soir à l’Université de Waterloo, j’ai soupé avec quelques professeurs en travail social et un étudiant qui termine son Ph D. Je leur ai dit à quel point il était difficile de trouver des fonds pour PovNetU. Un de mes hôtes a demandé si nous avions songé à un partenariat avec des maisons d’enseignement. J’ai répondu que si, mais comme nous nous engageons à offrir des cours à des militants qui n’ont pas forcément les moyens de payer des frais universitaires, ce modèle de partenariat n’est pas pour nous. Il n’était pas d’accord. Nous allons garder le contact.